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[expo] Images du monde flottant ...

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ieldan
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MessagePosté le: 17 Sep 2004 18:10    Sujet du message: [expo] Images du monde flottant ...

 Note du Post : 4.16   Nombre d'avis : 6
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(source: Galeries Nationales du Grand Palais - [menu "expositions"] - [sous-menu "à venir"] - [choix "Images du monde flottant"])

Images du monde flottant
Peintures et estampes japonaises des XVIIe et XVIIIe siècles

29 septembre 2004 - 3 janvier 2005

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux et le musée national des Arts asiatiques-Guimet grâce au soutien de Nissan et avec le concours de Japan Airlines. L’exposition bénéficie également de la participation de la Fondation du Japon.

« Vivre seulement pour l’instant, contempler la lune, la neige, les cerisiers en fleurs et les érables rouges ; chanter des airs, boire, se divertir et se laisser flotter comme flotte la gourde au fil de l’eau… »

Asai Ryoi, Ukiyo monogatari (Le Dit du Monde flottant), 1661

A partir de 1603, Edo devient la capitale d’un Japon pacifié. S’ouvre une ère de prospérité et d’optimisme qui se traduit bientôt par l’apparition de quartiers de divertissements à la lisière des grandes villes. Deux institutions, nouvellement apparues, les animent : les maisons de thé et le théâtre kabuki, séjours des courtisanes, des danseuses et des acteurs que l’on célèbre comme de véritables icônes. Ce monde des marges étroitement surveillé par le shogunat se dénomme « Monde flottant » (ukiyo). Les mouvements du corps et de l’âme qui s’y dessinent donnent lieu à un courant pictural inédit qui met en avant la figure féminine : les « images du Monde flottant » (ukiyo-e).

Les commanditaires de l’ukiyo-e sont des citadins récemment enrichis dans le commerce. Coupés des sphères du pouvoir par respect des valeurs hiérarchiques de la société confucéenne des shoguns Tokugawa, ils trouvent ainsi une voie d’expression. Leurs goûts picturaux reflètent une attitude existentielle nouvelle, vouée au culte du beau et des plaisirs éphémères. Ukiyo qui, au XVIIe siècle, signifie littéralement « le frivole », « le fluctuant », ironise par homophonie sur une ancienne conception bouddhique « monde de douleur » &emdash; ambiguïté de sens qui imprègne l’ukiyo-e, ces images du désir teintées de mélancolie que présente l’exposition.

Grâce aux prêts exceptionnels de collections étrangères, japonaises principalement, publiques et privées, et du musée national des Arts asiatiques-Guimet, 50 peintures (sur paravents et sur rouleaux) et 150 estampes sont rassemblées pour saisir le langage stylistique et iconographique des images du Monde flottant qui essaiment jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

• • •

Au début du XVIIe siècle, les paravents sur fonds d’or de l’Ecole Kanô représentent de vastes peintures de genre. Les scènes décrites sont liées au passage des saisons ou à quelques sites fameux, élus de longue date pour leur beauté comme le mont Fuji ou tel sanctuaire shintô surplombant la baie d’Osaka. Des saynètes s’y déroulent autour de danses et de jeux traditionnels, ici un banquet sous des cerisiers en fleurs, là une parade de jeunes filles somptueusement vêtues. Des œuvres plus tardives décrivent les « divertissements », dans des jardins et des pavillons encore imaginaires, ceints de volutes dorées, qui préfigurent les occupations badines du Monde flottant.

Autour de 1650, des artistes anonymes s’inspirant des quartiers de plaisirs naissant inversent les rapports de valeur entre paysage et personnages, projetant la figure humaine au premier plan. Le paravent à six volets, prêté par le musée Hosomi, présente un intérieur qui fait la transition entre la scène de divertissements et l’ukiyo-e : la disposition des personnages suit une ligne mélodique qui isole chaque figure sur le fond d’or de la partie droite. Par la suite, les portraits, peints sur rouleaux, de « beautés lisant » ou « se promenant », mettent l’accent sur la sensualité féminine de silhouettes enveloppées de kimonos luxuriants en écho aux modes du Monde flottant, mais aussi à la littérature médiévale, le Dit du Genji ou les Contes d’Ise. Certaines natures mortes sur paravent représentent ces seuls kimonos jetés sur un portant, les tagasode (« De qui sont ces manches ? ») qui évoquent alors la beauté absente.

Longtemps considéré comme le père de l’ukiyo-e, Moronobu (1618-1694) est le premier artiste à condenser les recherches graphiques et thématiques de ce courant et à signer ses œuvres. Son travail exerce des influences croisées dans un va-et-vient entre peinture et gravure. Issues des ouvrages imprimés dont furent détachées les premières images pour être vendues à l’unité, les estampes, reproductibles et peu onéreuses, répondent à la forte demande des visiteurs des quartiers de plaisir. Elles allaient donner une allure particulière à l’ukiyo-e.

Conçue, à l’origine, en noir et blanc, l’estampe reçoit vite les premiers rehauts colorés au pinceau des artistes dits « primitifs » (Ecole Torii). Cependant la technique de la xylogravure ne cesse de se perfectionner dans une émulation créatrice intégrant bientôt quelques couleurs au processus d’impression. Harunobu (1724-1770), le premier, crée la polychromie qui donne jour aux « estampes de brocart ».

L’exposition présente les diverses voies stylistiques et thématiques suivies par les artistes comme Kôryusai ( ?-1793) ou Kiyonaga (1752-1815), au cours de ce qui fut l’âge d’or de l’estampe japonaise, dans les 25 dernières années du XVIIIe siècle. La lettre, le travestissement de l’acteur (onnagata), la toilette, le miroir, l’évocation de l’amour maternel sont les nouveaux moyens, plus narratifs, pour traduire le sensuel, mélangeant toujours les références à la littérature médiévale et à l’existence contemporaine des citadins d’Edo. La figure féminine fait l’objet d’une mise en valeur infinie suivant des courbes inattendues, très effilées, serpentines. Souvent allusive, plus ou moins fluide, la ligne joue sur l’épaisseur du trait qui cerne les plages colorées.

L’innovation majeure d’Utamaro (1753-1806) dans l’art du portrait réside dans le choix de compositions resserrées sur le modèle, à mi-corps ou en gros plan autour du visage, poussant le plus loin la recherche de sensualité, aux confins de l’étude psychologique. La représentation du corps constitue un des axes de réflexion sous-jacents au parcours de l’exposition : de l’absence du nu comme parti pris pictural aux séries érotiques (shunga, littéralement « images de printemps »).

Galeries nationales du Grand Palais
Entrée Clemenceau
75008 Paris
Informations : tél. 01 44 13 17 17
Envoyer un mél

Ouverture
Tous les jours, sauf les mardis, de 10h à 20h ; le mercredi de 10h à 22h.
Fermeture des caisses 45 minutes avant. Fermé le 25 décembre.

Prix d’entrée
• sur réservation de 10h à 13h : 11,10 euros
• sans réservation à partir de 13h : 10 euros, tarif réduit, 8 euros
• gratuité pour les moins de 13 ans, les bénéficiaires du RMI et du minimum vieillesse.

Réservation et vente
En France
• dans les FNAC, Carrefour, Auchan, Géant, Galeries Lafayette, Bon Marché, Virgin Mégastore, BHV, Printemps-Haussmann
• par téléphone au 0.892.684.694 (0,34euros la minute)
• par internet :

A l’étranger
• tél. + 33 1 42 31 32 28
• Belgique : Fnac ou tél : 0900 00 600
• Suisse : Fnac Genève

Audioguide
Français, 5 euros

Auditorium
Conférences et films autour de l’exposition

Commissaire
Hélène Bayou, conservateur, musée national des Arts asiatiques-Guimet

Muséographie
Jean-François Bodin et Marc Vallet, agence Bodin et associés

Publications
• Catalogue de l’exposition ; 23 x 30,5 cm, 400 pages, 400 illustrations en couleur, 45 euros, éditions RMN,
diffusion Interforum.
• Petit Journal, 16 pages, 30 illustrations en couleur, 3 euros, éditions RMN, versions anglaise et française.
• Le monde des estampes japonaises, 17,5 x 12,5 cm, 48 pages, 7,50 euros, Hors Série Découvertes Gallimard, coédition RMN /Découvertes Gallimard, diffusion Sodis.

Accès
• Métro : lignes 1, 9 et 13 : station Champs-Elysées-Clemenceau ou Franklin-Roosevelt
• Bus : lignes 28, 32, 42, 49, 72, 73, 80, 83, 93.

Presse
Réunion des musées nationaux
Gilles Romillat
Tél. : 01 40 13 47 61 - Fax : 01 40 13 48 61


© Réunion des musées nationaux


Voilà, sur ce ... Bonne expositions ...
Cordialement,
Ieldan.
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Aristarque
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MessagePosté le: 30 Sep 2004 09:56    Sujet du message:

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Le site officiel : http://www.rmn.fr/monde-flottant/index-rmn.html

Présentation

Renseignements pratiques

Press release

Œuvres commentées

Principaux artistes

Glossaire thématique

Publications

Actualité japonaise
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Cathare
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MessagePosté le: 30 Sep 2004 13:57    Sujet du message:

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Je vais visiter l'exposition du Grand Palais samedi prochain.

Est-ce que quelqu'un l'a déjà vue et pourrait me dire ce qu'il en a pensé ? Merci d'avance.
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FayaChonch
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MessagePosté le: 04 Oct 2004 09:14    Sujet du message:

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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pour ceux qui n'auront pas pu voir l'exposition des estampes japonaises
Telerama consacre un hors serie aux splendeurs du monde flottant au Grand Palais
TELERAMA HS - N°123 15 Sept 2004 7,3 €


_________________
"Soyons réalistes, exigeons l'impossible" Che Guevara
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dju
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MessagePosté le: 07 Oct 2004 00:22    Sujet du message:

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Le journal LeMonde vient de publier un article a ce sujet. Extrait :
Citation:
Du XVIIe au XIXe siècle s'est épanoui un courant pictural, l'"ukiyo-e", attaché à la représentation des quartiers réservés, en marge des villes japonaises. Sous le titre "Images du monde flottant", le Grand Palais, à Paris, présente une sélection d'estampes, de paravents et de rouleaux peints, chefs-d'œuvre rarement exposés en raison de leur tonalité érotique.


Suite de l'article : Images d'un Japon de mélancolie et de désir

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Max
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MessagePosté le: 09 Oct 2004 10:18    Sujet du message: Pour continuer dans Telerama

 Note du Post : 3   Nombre d'avis : 1
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Alors voici l'article paru dans Télérama (pas le hors série)

L'exposition "Images du monde flottant" au Grand Palais
Estampe, suspends ton vol


Publicités, affiches, portraits... A partir du XVIIe siècle, l'essor du Japon s'orne d'une nouvelle iconographie populaire, sensuelle et intemporelle.


Aujourd'hui, pour le prix d'un bol de nouilles, t'as plus rien ! C'est pourtant ce que valait, à l'ère Edo, la plupart des somptueuses estampes exposées au Grand Palais, à Paris. Tout un art coloré, vif, populaire, connu sous le nom délicat d'« images du monde flottant ». Une débauche picturale aguichante, frondeuse, racoleuse, explosant à une époque soumise à la poigne de fer de la dynastie des Tokugawa, qui régna sur Edo et sur le Japon de 1603 à 1867. Plus de deux siècles et demi durant lesquels cette lignée de militaires confina l'empereur à Kyoto, ville désormais reléguée au rang de conservatoire des arts et traditions impériales.

A Edo, modeste port de l'Est, l'autorité des Tokugawa repose sur un centralisme autocratique. Le système du service alterné enjoint à chacun des 270 seigneurs de résider un an sur deux à Edo, en famille. Cette population de guerriers, devenus citadins par obligation, dépense pour vivre et pour tenir son rang. Aussi la naissance d'une société de consommation rehausse l'importance du marchand, jusque-là relégué au plus bas de l'échelle sociale. Pour répondre à la demande, la frontière entre artiste et artisan s'estompe. Le fier samouraï, vite fauché, ne peut plus mépriser ce boutiquier dont dépend son crédit. L'essor économique d'Edo donne le vertige : au XVIIIe siècle, cette ville sera l'une des plus peuplées au monde, avec plus d'un million d'habitants.

Au cours de l'ère Edo, la société japonaise bascule. Consommer, jouir, s'amuser deviennent les piliers d'une nouvelle culture urbaine. Le terme de « monde flottant » perd son sens bouddhiste d'affliction pour désigner un nouvel appétit de vivre dans la légèreté, la fête permanente, la fuite du temps, des bonheurs bien terrestres, voire même très terre à terre. Le philtre de vie a le goût du saké. Les estampes perdent leur essence religieuse et deviennent le livre d'images de cette esthétique des plaisirs. A partir d'un bois gravé, elles sont reproductibles à des milliers d'épreuves.

Consommer. Affiches, tracts, prospectus pour les braderies, publicités envahissent les rues de la ville d'Edo. Les plus grands artistes vantent une marque d'alcool, les spécialités d'un restaurant. Hiraga Gennai promeut la poudre de dentifrice, Utamaro, un marchand de pipes, Hiroshige, l'ouverture d'un magasin de kimonos. L'obsession de la mode produit des estampes d'une richesse graphique presque tactile ; leur polychromie sensuelle, l'orgie de motifs sur les étoffes enveloppent les belles inaccessibles tel un parfum capiteux.

Jouir. Le personnage de la courtisane règne sur la ville. « Qui dit Edo entend l'écho de Yoshiwara », exalte le proverbe qui ne désigne pas la mélopée d'une belle alanguie, mais tout un quartier de plaisirs, comptant jusqu'à 7 000 femmes, de la hautaine et intouchable geisha à la prostituée vouée à un abattage sordide. Cette ville dans la ville, omniprésente dans l'estampe, incarne le lieu de rendez-vous des artistes, des poètes, accélère le brassage social entre commerçants et samouraïs, s'impose comme le lieu où l'apprenti marchand noue de futurs contacts, où le gandin apprend les règles de la vie en société. Car la figure de la courtisane ne se limite pas aux joies de la chair gaillardement troussée par des artistes d'une fantaisie anatomique et acrobatique sans limite. Crème de soin, maquillage, coiffures, colifichets, kimonos : par son apparat, reproduit d'image en image, tel un top model sur papier japon, l'hétaïre donne le ton des élégances à celles dont elles dévoient les maris. Maîtresse incomparable du coeur humain, la courtisane est l'inspiratrice et la muse de tout un code amoureux ponctué de désir et d'attente, de frustrations et d'émois, de lettres échangées ­ autant de thèmes également traités dans les estampes. Bien que cloîtrée en son quartier de plaisirs où l'on accédait par une unique porte, la figure de la courtisane, par sa diffusion picturale, parvient à imprégner toute la société.

S'amuser. La pax Tokugawa n'a rien à envier aux empereurs romains : des putains et des jeux. A Edo, ce sont les théâtres de kabuki qui deviennent les arènes de la société. Comme le quartier de plaisirs, ces établissements sont cantonnés dans un ghetto. Les représentations durent toute la journée, dans une réjouissante fièvre populaire. Le répertoire va des amours romantiques aux épopées historiques, des fantômes vengeurs aux créatures magiques, dont il est rentable d'illustrer, puis de vendre, les épisodes fameux. Mais, au-delà de ces vignettes, ce sont les acteurs eux-mêmes qui trônent en stars absolues de l'estampe. Ils paradent sur les affiches, racolent pour leur spectacle, s'offrent en pleine gloire à l'adoration des fans. Comme nos actuelles vedettes de cinéma, ils leur arrivent également d'assurer la réclame d'un cosmétique ­ y compris sur scène, entre deux répliques.

Au-delà de ces trois grandes familles d'estampes, les plus fastueuses ­ la consommation, la courtisane et le théâtre ­, la folie des images et des illustrations à l'ère Edo est dopée par une boulimie littéraire incroyable, qui traduit surtout un haut degré d'alphabétisation. En 1682, les 1 000 premiers exemplaires d'un best-seller comme le roman de Saikaku, La vie d'un homme qui vécut pour aimer, s'écoulent en quelques jours. Certains tirages atteignent 10 000 exemplaires. Au début du XIXe siècle, Edo compte 600 librairies. Grâce à l'imprimerie, les romances illustrées ­ l'équivalent de nos romans-photos ­ sont bon marché. Les grands classiques, comme les Contes d'Ise et Le dit du Genji, inspirent les dessinateurs. Tout comme les catalogues d'achats, les guides touristiques montrant les sites fameux.

L'imagination graphique du monde flottant est un monde en soi : premières épreuves en noir et blanc tout juste rehaussées d'une couleur ; « estampes de brocart » dont la polychromie, les effets de gaufrage, l'emploi du mica et du doré donnent un soyeux incomparable aux tirages ; cadrages serrés des portraitistes ; virtuosité purement décorative ; utilisation du texte dans l'image à la façon d'un manga... Edokko dans l'âme (mot signifiant « gars d'Edo », mais avec un côté affranchi, façon titi parisien), l'artiste citadin change son rapport à l'Univers. Il n'est plus appelé à se fondre dans une cosmogonie immuable, à l'unisson d'une nature frémissante. La ville est un espace créé par l'homme. Il y gagne son autonomie. Ainsi, progressivement, la représentation de la silhouette humaine gagne en importance, une certaine psychologie l'emporte sur les détails, l'arrière-plan perd de son importance. Une idée de l'individu s'affiche en plein jour.

L'avènement de l'ère Meiji (1868) marque la grande ouverture du Japon sur l'Occident. Les shoguns Tokugawa cèdent le pouvoir, l'empereur reprend la main. Edo est rebaptisée Tokyo (signifiant capitale de l'Est). Le monde flottant sombre dans un oubli qui, au Japon, durera jusqu'aux années 1960 ...

Par un télescopage singulier et l'obstination de marchands éclairés, l'oubli brutal de l'époque Edo par les Japonais correspond presque date pour date, en Occident, à l'embellie de nos artistes pour l'estampe. Cette déferlante a la force de la célèbre vague d'Hokusai. L'absence de profondeur, l'asymétrie, l'aplat de couleur, la démultiplication des points de vues enrichissent le vocabulaire de Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Degas, Manet, Gauguin... Dans cette représentation pluridimensionnelle, l'intemporel impose sa présence. Face à l'image sans ombre portée, quasiment sans perspective, sans rien pour indiquer une fuite, un écoulement du temps, nous contemplons « le présent des choses passées, le présent des choses présentes et le présent des choses futures ». (1) Le sujet existe par lui-même, en dehors de toute narration. Une idée même de l'art moderne, pour le prix d'un bol de nouilles.




Bernard Mérigaud


(1) Augustin d'Hippone, cité par Nelly Delay dans Le Jeu de l'éternel et de l'éphémère (éd. Philippe Picquier).
Précision. Dans l'article sur le japonisme de notre hors-série, une erreur à transformé le nom de Théodore Rousseau en Douanier Rousseau. Nos excuses à Jean-Pierre Mélot, l'auteur.
A noter que le magazine Ulysse consacre son numéro 99 au Japon, en vente dès aujourd'hui.


Télérama n° 2855 - 30 septembre 2004

Quelques photos sont égalements visibles à cette adresse

Source: Télérama
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Aristarque
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MessagePosté le: 10 Oct 2004 23:51    Sujet du message:

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Passe encore pour le latin de cuisine "pax Tokugawa", mais "ils leur arrivent"... Shocked

"période d'Edo" me semble préférable à "ère Edo", le mot ère étant en principe réservé aux noms des règnes des différents empereurs.

"l'orgie de motifs sur les étoffes [qui] enveloppent" ou bien "enveloppe" sans "qui" mais au singulier pour aller avec "orgie".

"Le monde flottant sombre dans un oubli qui, au Japon, durera jusqu'aux années 1960 ... "
Ce sont les estampes qui ont disparu, pas les sujets qu'elles représentaient. Le kabuki n'a pas cessé d'exister. La prostitution n'a été interdite qu'en 1956. N'y a-t-il pas eu concurrence de la photographie?

"l'embellie de nos artistes pour l'estampe"? emballement, engouement, mais embellie? Shocked Pour en savoir plus, on peut lire cet article en ligne : Collections Japonaises en France (colloque du 4 Octobre 97 )

------------------------------
Quelques autres articles sont parus dans la presse :

Le Nouvel Observateur, "L’empire des voluptés" par France Huser :
http://artsetspectacles.nouvelobs.com/evenements/evenements2083_096.html

Le Monde, "Les "shunga", des estampes entre érotisme et humour" par Emmanuel de Roux : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-381960,0.html

Libération, "Esthètes estampes" par Elisabeth Lebovici : http://www.liberation.fr/page.php?Article=242315

Figaroscope, "Images du monde flottant" par Jean-Louis Pinte : http://www.figaroscope.fr/arts/2004100600014690.html

France 2 : http://cultureetloisirs.france2.fr/artetexpositions/expos/4898773-fr.php
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Sir.Gauvain
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MessagePosté le: 18 Nov 2004 09:11    Sujet du message: Images du monde flottant

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Hier, j'ai eu l'immense bonheur de prendre une heure pour aller enfin voir la somptueuse expositions d'estampes japonaises à Paris :

.:: Images du monde flottant ::.



*- Images du Monde flottant, peintures et estampes japonaises des XVIIe et XVIIIe siècles" (du 29 sept.2004 au 3 janvier 2005),

Galeries nationales du Grand Palais (Métro Champs-Elysées-Clémenceau L.1) [prix - de 25 ans, 8 euros, + de 25 ans, 10 euros].

Au cours de la période Edo, des quartiers de plaisirs se développent à la périphérie des grands centres urbains. Ce "monde flottant" d'artistes, de courtisanes et d'acteurs constitue un foyer de création à l'origine du théâtre kabuki et de l'estampe ("ukiyo-e", les "images du monde flottant").
Plus de 200 oeuvres sont rassemblées dans cette exposition, issues de collections publiques et privées japonaises, américaines et anglaises, et de l'exceptionnel fonds d'estampes du musée des Arts asiatiques - Guimet.

http://www.rmn.fr/monde-flottant

---
Une exposition magique dans un bâtiment grandiose, entourée d'un décor soft mais efficace, un régale pour les yeux !!

Allez-y !!! ok

NB : Le livre illustré dédié à l'exposition est magnifique / prix normal : 45 euros.
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Pog
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MessagePosté le: 04 Juil 2005 22:51    Sujet du message: Nouvelles estampes

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Je fais remonter ce fil pour annoncer une manifestation somme toute assez proche :


Chefs-d'œuvre du musée Ôta de Tôkyô

Peintures et estampes japonaises


Du 6 juillet au 15 août 2005
tous les jours, sauf le mardi,
de 10h à 18h

Billet exposition seule : 6,5 €, tarif réduit et dimanche 4,5 €
Billet exposition + musée : 8 €, tarif réduit et dimanche : 5,5 €
Gratuit pour les moins de 18 ans.

Visites commentées proposées les samedis 9/07, 16/07, 30/07, 6/08 à 11h30
Durée 1h30
Plein tarif : 6,30 € ; tarif réduit : 4,80 €

Au Musée Guimet
6, place d'Iéna
75116 Paris
Métro : Iéna, Boissière
RER C : Pont de l'Alma
Bus : 22, 30, 32, 63, 82

http://www.museeguimet.fr/pages/page_id18209_u1l2.htm

Il y a incontestablement de très belles pièces (environ 150 œuvres, en majorité des XVIIIème et XIXème siècles), quelques stars (Hishikawa Moronobu, Suzuki Harunobu, Kitagawa Utamaro, Tôshûsai Sharaku, Katsushika Hokusai, Utagawa Hiroshige…), et pourtant, à part la splendide collection de makemono (une cinquantaine), de beaux livres illustrés imprimés et quelques éventails (une demi-douzaine), on reste un tout petit peu sur sa faim après la magnifique exposition du Grand Palais...

Cet étrange calendrier laisse songeur – car c'est beaucoup tout de même, pour une même année… – et c'est, mon avis, le seul défaut de cette exposition au demeurant magnifique. Incontestablement belle donc, mais pour qui garde encore vivace le souvenir de cet hiver, malencontreusement un peu pauvre…

…bon, y aller quand même, parce que l'occasion, si elle tombe mal (à mon avis), ne se représentera peut-être pas de sitôt ! :
Citation:
En prêtant pour la première fois une partie de son fonds d'estampes japonaises au musée Guimet, le musée Ôta de Tôkyô – The Ôta Memorial Museum of Art – crée l'événement cette année à l'occasion de son 25ème anniversaire. Choisir la France comme pays destinataire exclusif de la collection était une manière de souligner « la grande tradition française dans le domaine de l'estampe japonaise ainsi que son exception culturelle », souligne Nagata Seiji, vice-directeur du musée mémorial Ôta et commissaire scientifique de l'exposition.


Vernissage demain, je poserai la question
_________________
Je n'ai pas de blog !!
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