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Bushido,cette idéologie est elle encore d'actualité ?

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Aristarque
5eme Dan
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MessagePosté le: 14 Aoû 2005 17:15    Sujet du message:

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Tu as raison le mot symétrie est trop fort. Je voulais dire parallèle, comme Plutarque qui mène des parallèles entre les Grecs et les Romains.

J'ai trouvé cette définition de la chevalerie :

Citation:
A) the expert horsemanship of the military landed aristocracy and, by extension, its mode of making war; (B) the class which developed and was at least partly defined by that expertise and its consequences, cultural as well as political and economic; or (C) the codes of behavior developed by that class as self-definition, especially from the twelfth century onward

A) l'expertise équestre de l'aristocratie terrienne militaire et par extension, sa façon de faire la guerre ; B) la classe qui s'est développée et qui était au moins en partie définie par cette expertise et ses conséquences tant culturelles que politiques et économiques ; C) les codes de comportement développés par cette classe pour s'auto-définir, en particulier à partir du XIIe siècle

Jeremy DuQuesnay Adams, Modern Views of Medieval Chivalry Ed. Howell Chickering and Thomas H. Seiler. Michigan: Medieval Institute Publications, Western Michigan University, 1988: 41-73, cité par Mark Groenewold dans "Chivalry and Bushido" sur cette page :
http://www.karatethejapaneseway.com/research/chretien_02.html

À partir de cette définition très large on peut aller dans n'importe quel pays à n'importe quelle époque et si l'on y trouve une "classe militaire" on peut essayer de répertorier quels sont les "codes de comportement développés pour s'auto-définir". À partir de là toutes les comparaisons sont possibles et pas seulement entre l'Europe et le Japon.

J'ai aussi trouvé ce jugement :

Citation:
Nitobe was correct, insofar as what he tried to do in his work was suggest that medieval European chivalry and Japanese bushido were not so different after all.

Nitobé était correct, pour autant que ce qu'il essaya de faire était de suggérer que la chevalerie médiévale européenne et le bushido japonais n'étaient pas si différents après tout.

G. Cameron Hurst III, Death, Honor, and Loyalty: The Bushido Ideal, Philosophy East & West V. 40 No. 4 (October 1990) pp. 511-527 University of Hawaii Press
http://buddhism.lib.ntu.edu.tw/FULLTEXT/JR-PHIL/ew26464.htm

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Any individual or organization may hyperlink to this website freely if specify the source (Buddhist Digital Library and Museum – http://ccbs.ntu.edu.tw) and use the following logo:

http://buddhism.lib.ntu.edu.tw/BDLM/copyright2E.htm
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Fuse
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MessagePosté le: 15 Aoû 2005 00:03    Sujet du message:

 Note du Post : 4.5   Nombre d'avis : 2
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Je vais essayer de m’exprimer avec le plus de précision que possible pour éviter de tomber dans de possibles incompréhensions entre nous. Désolé par avance si cela arrive, malgré mes efforts

Si pour toi on peut exprimer des parallèles entre les grecs et les romains comme on peut exprimer des parallèles entre la féodalité française et les liens sociaux des guerriers japonais, je ne suis pas en désaccord. Je préférerais simplement des termes comme rapprochements ou des comparaisons par exemple. Les sujets comparatifs sont toujours très glissant par nature car ils demandent des interprétations d’une culture différente et dont on ne possède qu’une toute petite partie des clefs pour l’appréhender. Je me permets donc, faute d’avoir de réponse plus claire à te donner, de te proposer deux définitions considérées comme valables en histoire : « chevalerie » et « bushidô ». A défaut de trouver directement des textes comparatifs fiables, on peut rapprocher ces deux définitions. Libre à chacun ensuite de s’en faire une idée et d’en discuter sur cette base assez solide.



Chevalerie (définition tirée du dictionnaire encyclopédique d’histoire)

Citation:
La chevalerie est née de la profonde révolution militaire des VII/Xème s., qui entraîna la substitution de la cavalerie (v.) aux fantassins comme force principale des armées germaniques. Dans la situation d'insécurité de la société européenne du haut Moyen Age, tout homme fort et courageux est soldat, et le soldat, c'est désormais le guerrier à cheval, le chevalier. À cette époque, la noblesse n'est pas une classe fermée : quiconque est assez riche pour posséder un cheval et s'équiper à ses frais deviendra noble si un compagnon d'armes, un chevalier, le fait lui-même chevalier par la colée, Dans certaines régions, en particulier dans le midi de la France, on passait facilement de la roture à la chevalerie, et les exemples de vilains armés chevaliers sont nombreux. Le fils d'un noble n'était pas chevalier par sa naissance ; il ne le devenait qu'après avoir reçu solennellement ses «armes viriles ». Ainsi voit-on Charlemagne ceindre solennellement l'épée à son fils Louis, âgé de treize ans (791). Cette coutume remonte sans doute à de vieux usages germaniques, signalés par Tacite (La Germanie, chap. XIII).

La remise des armes revêtit très tôt le sens d'un engagement moral : bravoure, fidélité au suzerain, loyauté dans le combat, telles furent toujours les obligations du chevalier, auxquelles s'ajoutèrent celles de protéger l'Eglise et les clercs, de défendre la chrétienté, de combattre les infidèles. L'Église vit dans l'institution de la chevalerie un moyen de discipliner et de christianiser la féodalité (v.). L'apogée de la chevalerie se place aux XIIème et XIIIème s. À cette époque, le titre de chevalier appartient déjà presque exclusivement aux personnes de naissance noble. On se prépare dès l'enfance à devenir chevalier, après avoir passé, à la cour du suzerain ou du roi, par les rangs de damoiseau (domicellus), de valet (vassaletus), d'écuyer (armiger). L'âge où l'on était armé chevalier variait beaucoup : quinze ans en général, mais il y a des exemples d'enfants armés chevaliers à dix ou onze ans ; plus tard, la tendance fut de retarder l'entrée dans la chevalerie jusqu'à l'âge de la majorité, vingt et un ans.

La cérémonie de l'adoubement était fixée d'ordinaire de manière à coïncider avec une grande fête de l'Eglise; mais on créait souvent des chevaliers à l'improviste, sur les champs de bataille, après des actions d'éclat, ou même au moment d'engager l'action. L'adoubement, à l'origine cérémonie toute laïque et militaire, s'imprégna de plus en plus de christianisme. Dès la fin du Xème s., on trouve dans un rituel romain une «bénédiction du chevalier ». À la fin du XIIème s. et au XIIIème s., la réception de la chevalerie est devenue comme un «huitième sacrement». On s'y prépare par une veillée d'armes passée devant l'autel, par un bain rituel, par la confession et la communion. Après la messe, suivie d'un repas, le jeune homme se rend sur le perron du château. Il reçoit, avec le baudrier, l'épée que le prêtre a consacrée, puis les éperons, le haubert, le heaume, l'écu, la lance. Alors, de la paume de la main, son parrain lui donne sur la nuque un formidable coup qui le fait souvent chanceler : c'est la colée ou paumée. Au XIIIème s., c'est le prêtre qui ceint lui-même l'aspirant de l'épée, prononce la formule : « Sois chevalier », avec un léger soufflet qui remplace la colée, et adresse au nouveau chevalier un sermon de circonstance. Aux XIIème et XIVème s., l'adoubement est pratiqué de plus en plus sur les champs de bataille. Alors que la féodalité créait seulement des rapports de suzerain à vassal, la chevalerie sanctifiait la profession guerrière. Le chevalier qui manquait à ses devoirs était déclaré félon et perdait ses privilèges.




Bushidô (tirée du Dictionnaire historique du Japon)

Citation:
Une classe de guerriers (bushi) commença à se distinguer dans la société à la fin de l’époque Heian. L’élaboration de règles morales particulières fut l’un des aspects de cette individualisation. Parmi les éléments qui entrèrent dans la composition de la « voie » (dô, michi) des bushi, certains, remontant à une époque lointaine, exprimaient davantage les exigences éthiques des clans primitifs (shizoku) que les obligations morales d’une classe fonctionnelle émergée d’une société différenciée.
La classe des bushi prit son essor à la fin de l’époque Heian où on vit se former, dans les provinces, de multiples groupements communautaires de guerriers, désignés sous le nom de bushidan. Ces associations guerrières qui reposaient sur les liens de parenté se subordonnèrent peu à peu les unes aux autres pour se soumettre finalement à l’autorité de Minamoto no Yoritomo, issu de la plus illustre des branches des Minamoto et fondateur du gouvernement militaire d Kamakura. Depuis lors, la classe des guerriers, détenant le pouvoir effectif, monopolisa la direction des affaires politiques jusqu'à la chute du shôgunat des Tokugawa. Produit de l’histoire des bushi, le bushidô évolua parallèlement à l’avancement social de la classe des guerriers et exerça une forte influence non seulement sur les bushi, mais sur toutes les classes sociales. On le compte parmi les plus importants principes moraux sur lesquels était assise la société féodale japonaise.

L'obligation essentielle d'un guerrier était la fidélité (chû) envers son maître auquel le rattachaient les liens féodaux de vassal à suzerain en échange du fief qu'il en recevait. En contrepartie de l'octroi d'une terre et de la protection du seigneur, le vassal lui devait une allégeance totale. C'est donc l'esprit d'abnégation à l'égard de son chef qui l'emportait au Japon sur la nature contractuelle du lien d'homme à homme perceptible dans la vassalité de l'Europe médiévale. Toutefois le dernier élément n'était pas complètement absent dans la mentalité des guerriers japonais et pouvait se manifester aux époques où les moeurs se relâchaient. Selon la tradition des communautés familiales qui avaient servi de point de départ aux communautés guerrières, l'obéissance due au chef de famille, à l'aîné ou un supérieur était exaltée, sous forme de piété filiale (kô), dans la société des bushi. Le sentiment de l'honneur et de l'héroïsme colorait fortement la conduite d'un guerrier : on vit souvent des bushi vaillants se disputer l'honneur d'être le premier à l'assaut. D'autres devoirs tels que vaillance, droiture, générosité, ardeur dans les exercices militaires, formaient ce code de l'honneur, tandis qu'une attitude de désintéressement devait s'exprimer par la pratique de l'économie et de la frugalité. Enfin un bushi devait être avant tout un homme d'action.

Cette conception morale s'intériorisa lorsque se répandit, vers le milieu de l'époque de Kamakura, le bouddhisme Zen (Zen-shû). À l'époque de Edo, l'influence du confucianisme lui conféra la rigidité d'un dogme dont Yamaga Sokô devint le théoricien. C'est à cette époque seulement que le mot bushido entra dans l'usage et remplaça les expressions comme mononofu no michi ou tsuwamono no michi qui en désignaient antérieurement le contenu. Fit aussi son apparition une forme extrémiste de l'éthique guerrière qui s'attachait surtout à glorifier le sacrifice de la vie pour le compte du seigneur. Cette idée fut exposée dans le Hagakure, ouvrage dû à un bushi au service de la seigneurie de Saga, au début du 18e siècle. Postérieurement à la Restauration de Meiji, en dépit de la disparition de la classe des bushi, la pensée qui animait ce code moral était tenue comme un « support spirituel » par beaucoup de Japonais. En faveur auprès des militaristes, le prestige dont jouissait le bushidô subit en 1945 le contrecoup de la défaite du Japon.






Fuse
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gilou
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MessagePosté le: 20 Sep 2005 11:07    Sujet du message:

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Fuse a écrit:
Je vais essayer de m’exprimer avec le plus de précision que possible pour éviter de tomber dans de possibles incompréhensions entre nous. Désolé par avance si cela arrive, malgré mes efforts

Si pour toi on peut exprimer des parallèles entre les grecs et les romains comme on peut exprimer des parallèles entre la féodalité française et les liens sociaux des guerriers japonais, je ne suis pas en désaccord. Je préférerais simplement des termes comme rapprochements ou des comparaisons par exemple. Les sujets comparatifs sont toujours très glissant par nature car ils demandent des interprétations d’une culture différente et dont on ne possède qu’une toute petite partie des clefs pour l’appréhender. Je me permets donc, faute d’avoir de réponse plus claire à te donner, de te proposer deux définitions considérées comme valables en histoire : « chevalerie » et « bushidô ». A défaut de trouver directement des textes comparatifs fiables, on peut rapprocher ces deux définitions. Libre à chacun ensuite de s’en faire une idée et d’en discuter sur cette base assez solide.

Fuse

Et il ne faudrait pas oublier dans la comparaison, la "chevalerie" chinoise de l'epoque des royaumes combatants jusqu'au Songs, dont s'est inspiré la "chevalerie" japonaise.

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Fuse
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MessagePosté le: 20 Sep 2005 12:34    Sujet du message:

 Ce message n'a pas encore été noté.
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De par les différents ouvrages que j’ai pu consulter tout autant que des discussions sur ce sujet des classes sociales guerrières auxquelles j’ai pu participer (mais surtout écoutées) deux civilisations semblent porter des avis dichotomiques, ce sont celle de la Chine et celle de l’Afrique. Manquant de connaissances et de références, je reste intéressé par le sujet d’une classe sociale proche d’une « chevalerie » en Chine. Je te remercie par avance si tu pouvais développer ici ce sujet.


Fuse
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gilou
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MessagePosté le: 20 Sep 2005 13:36    Sujet du message:

 Ce message n'a pas encore été noté.
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Je venais de faire une reponse, mais internet me l'a mangée sur le trajet entre ma machine et le serveur Shocked Twisted Evil
Je tacherai d'en refaire une ce soir.
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Kurisumasukukkii
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MessagePosté le: 20 Sep 2005 22:05    Sujet du message:

 Ce message n'a pas encore été noté.
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l'esprit "Bushido" vit encore dans les préceptes de divers arts martiaux.
Par exemple, le serment du dojo du Karaté Kyokushinkai:
Citation:

Hitotsu, ware ware wa, shinshin o renmashi, kak-ko fubatu no shingi o kiwameru koto.

* Entraînons notre coeur et notre corps pour acquérir un esprit ferme et inébranlable.

Hitotsu, ware ware wa, bu no shinzui o kiwame, ki ni hasshi, kan ni bin naru koto.

* Poursuivons la signification véritable de la Voie Martiale avec une vigilance de tous les instants.

Hitotsu, ware ware wa, shitsujitsu goken o mot-te, kok-ki no seishin o kanyo suru koto.

* Cultivons avec force un esprit d'abnégation.

Hitotsu, ware ware wa, reisetsu o omonji, chyojyo o keishi, sobo no furumai o tsutsushimu koto.

* Avec courtoisie et respect des anciens, abstenons nous de toute violence.

Hitotsu, ware ware wa, shinbutsu o toutobi, kenjo no bitoku o wasurezaru koto.

* Suivons les préceptes scrupuleusement et n'oublions pas la vertu réelle de l'humilité

Hitotsu, ware ware wa, chisei no tairyoku to o kojo sase, koto ni nozonde ayamatarasu koto.

* Sans autre désir que force et sagesse.

Hitotsu, ware ware wa, shogai no shugyo o karate no michi no tsuji, Kyokushin no michi o mat-to suru koto.

* Toute notre vie, à travers la discipline du karaté, recherchons à accomplir la voie Kyokushinkai (de l'ultime vérité).
source


et ce n'est pas tout, d'une certaine manière, l'initiation de la jeunesse à la voie du guerrier est tjs très bien vue au Japon: l'engouement que connaît l'entraînement au Kendo ou au Kyuudo en sont des bons exemples.

Sans oublier que certains textes du bushido, par exemple "les cinq roues" (de Musashi) se trouvent adaptés en guides de marketing.

Donc, à mon humble avis, l'esprit du bushido reste bien vivant.
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Fuse
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MessagePosté le: 20 Sep 2005 22:52    Sujet du message:

 Ce message n'a pas encore été noté.
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Je crois, Kurisumasukukkii, qu’il ne faut pas mélanger ce qu’on pourrait qualifier comme un ensemble de coutumes morales issues d’une classe sociale aujourd’hui disparue et une manipulation des masses commencé sous Meiji pour créer une cohésion nationale apte à travailler dur sans poser de question. Si tu as le temps, relis les précédents messages qui portent sur ce sujet et dans ce même post. Pour ce qui est des arts martiaux, il est tout à fait naturel que nombre d’entre eux fassent références aux principes moraux (réels ou inventés) des classes militaires japonaises. La question est de savoir jusqu’à quel point ces mots sonnent creux pour des personnes peu intéressées par ces aspects ou simplement étrangères. Les préceptes des escrimeurs français, bien qu’héritiers d’une longue tradition guerrière de nos contrées, sont tout de même aujourd’hui bien éloignés de ceux en vigueur au milieu d’un combat à l’époque moderne.

Par contre, on vient de me dire que P. Souyri, pour l’excellente revue « Cahiers du Japon » de l’automne 2005 a écrit un article sur le thème chevalier et samourai. Je vais essayer cette semaine de faire un tour à la bibliothèque de la MCJP pour photocopier la chose et en donner quelques idées ici.


Amicalement,



Fuse


P.S. C'est vraiment dommage Gilou. J'essayerais de faire preuve de patience pour attendre ta réponse.
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TAMALA
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MessagePosté le: 21 Sep 2005 02:04    Sujet du message: chevalerie VS bushidô: état de la recherche

 Note du Post : 5   Nombre d'avis : 6
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Etant par nature aussi apte à comprendre l'histoire qu'une betterave peut l'être, je ne passe par là que pour faire un état de la recherche sur la question.

Fuse a écrit:
Par contre, on vient de me dire que P. Souyri, pour l’excellente revue « Cahiers du Japon » de l’automne 2005 a écrit un article sur le thème chevalier et samourai.


Cela s'inscrit dans une série d'échanges commencés dès 1999 grâce à P.-F. Souyri (qui était alors le chef de la maison franco-japonaise), impliquant en premier lieu des chercheurs japonais du Musée national d'Histoire du Japon (le "Rekihaku" de Sakura) et Michel Colardelle (conservateur général du Musée national des Arts et Traditions populaires). Il s'agissait au départ s'un programme franco-japonais de coopération interdiciplinaire (histoire, archéologie, muséologie). Deux périodes clés étaient retenues: la Protohistoire et le Moyen Âge.
Il y eut entre 2002 et 2003 un séminaire mensuel à la MFJ autour de la naissance des établissement castraux (les châteaux-forts, quoi) en Asie orientale et en Europe occidentale autour de l'an Mille.
Tout cela a débouché sur un colloque international qui s'est tenu en mars 2004 au Rekihaku. J'ai sous les yeux le compte-rendu de ce colloque, rédigé par Souyri pour le numéro 32 de la revue Ebisu (printemps-été 2004; p. 185-189), et c'est de ce compte-rendu que je tire les informations contenues dans ce post.

"La démarche implicite de ce colloque était de faire connaitre aux collègues des deux pays l'état réciproque de la recherche ainsi que les problématiques historiques nouvelles, et de réfléchir ensemble sur les points de convergence ou de divergence entre deux sociétés dont March Bloch écrivait qu'il s'agissait là probablement des deux seules organisations vraiment féodales. Cette affirmation qui, pour Marc Bloch, reposait pour l'essentiel sur la lecture des travaux de Asakawa Kan.ichi (dans les années 1910) était-elle sérieuse? Seule une confrontation à partir non pas de présupposés idéologiques mais de données concrètes devait permettre d'en savoir plus. L'étude du fonctionnement social des châteaux pouvait fournir un biais et un ensemble d'indices qui éclairent, explicitent ou infirment certaines données qui peuvent, à première vue, paraitre spécifiques à telle ou telle société." (art. cité, p. 187)

Les thèmes abordés étaient:
1. Questions historiographiques. En particulier l'archéologie appliquée à la période concernée.
2. Les fonctions du château. Rôle politique, militaire, symbolique, religieux, économique. La vie quotidienne au château.
3. Le château et l'organisation du territoire.
4. Le château, lieu de pouvoir. L'organisation sociale.

"De l'ensemble de ces communications, il ressort pluseurs éléments essentiels.
1. Dans les deux régions, on assiste au début des temps médiévaux à la naissance d'une société féodo-vassalique, c'est-à-dire une société dominée par des propriétaires fonciers qui se militarisent en l'absence d'un Etat puissant et qui développent parmi eux une idéologie commune (code de chevalerie, bushidô).
2. Cette société est dans les deux cas d'autant plus précoce et structurée que le pouvoir central est faible, c'est-à-dire qu'elle se construit sur les marges géographiques, sur les confins territoriaux, dans les périodes de vide politique.
3. Ce phénomène s'accompagne en Occident d'une multiplication des établissements castraux, d'enceintes resserrées autournd'un lieu d'habitation, qui est en même temps un lieu de pouvoir. [...] Les choses paraissent moins nettes au Japon. [...]
Par ailleurs, dans le cas japonais, la multiplication des sites castraux en province est aussi beaucoup plus tardive, XIVe et même XVe siècle. [...] L'émergence de ces résidences sommairement fortifiées semble liée à un "saut" dans l'effondrement du pouvoir central. Elle correspond aussi à une montée des tensions sociales liée à l'éffermissement des droits des communautés villageoises et à l'autonomisation des pouvoirs locaux.
[Résumé partiel de la suite: L'apparition des châteaux en occident est un rupture, au Japon, il s'agit du résultat d'évolutions lentes, qui s'étalent sur plusieurs siècles. Au Japon, modèle du "seigneur défricheur".]
Mais on pourrait évoquer aussi le rôle des guerriers menées dans la seconde moitié du XIe siècle dans le nord du Japon, au cours desquelles nait un nouveau modèle d'organisation militaire, les "relations vassaliques", modèle qui se construit dans la violence. Ce modèle mais né dans le nord, reapparait encore plus solidement dans l'est du pays lors des guerres que se mènent les minamoto et les Taira à la fin du XIIe siècle. Il y aurait donc là une structure nettement féodo-vassalique mais sans implication castralée majeure. Dans le cas japonais, l'explosion du phénomène castral intervient quand la guerre change de nature au cours du XIVe siècle et surtout au XVe siècle (la guerre a-t-elle pour but d'extermnier un rival ou de s'emparer d'un territoire?)." (art. cité, p. 187-188)


Je pense que cet apperçu vous aura fait comprendre que les recherches comparatistes sur le sujet sont exigeantes, et pas forcément sexy.
Pour résumer ce qui est dit sur chevalerie et Bushidô, ces chercheurs rapprochent le fait qu'il existe au Japon et en France des groupes structurés par des relations vassaliques, et le fait même que ces groupes soient soudés et structurés par une idéologie propre.
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Aristarque
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MessagePosté le: 22 Sep 2005 10:35    Sujet du message:

 Note du Post : 4.66   Nombre d'avis : 3
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Fuse a écrit:

Bushidô (tirée du Dictionnaire historique du Japon)

Citation:
L'obligation essentielle d'un guerrier était la fidélité (chû) envers son maître auquel le rattachaient les liens féodaux de vassal à suzerain en échange du fief qu'il en recevait. En contrepartie de l'octroi d'une terre et de la protection du seigneur, le vassal lui devait une allégeance totale. C'est donc l'esprit d'abnégation à l'égard de son chef qui l'emportait au Japon sur la nature contractuelle du lien d'homme à homme perceptible dans la vassalité de l'Europe médiévale. Toutefois le dernier élément n'était pas complètement absent dans la mentalité des guerriers japonais et pouvait se manifester aux époques où les moeurs se relâchaient. Selon la tradition des communautés familiales qui avaient servi de point de départ aux communautés guerrières, l'obéissance due au chef de famille, à l'aîné ou un supérieur était exaltée, sous forme de piété filiale (kô), dans la société des bushi. Le sentiment de l'honneur et de l'héroïsme colorait fortement la conduite d'un guerrier : on vit souvent des bushi vaillants se disputer l'honneur d'être le premier à l'assaut. D'autres devoirs tels que vaillance, droiture, générosité, ardeur dans les exercices militaires, formaient ce code de l'honneur, tandis qu'une attitude de désintéressement devait s'exprimer par la pratique de l'économie et de la frugalité.


La formulation « le vassal lui devait une allégeance totale », certes nuancée par la phrase sur les « époques où les moeurs se relâchaient » prête le flanc à la critique de G. Cameron Hurst dont j'ai indiqué l'article plus haut. Il y a une confusion qui est faite entre l'idéal, qui est un idéal de loyauté, de bravoure, etc. et la réalité des faits. On pourrait même à la limite renverser l'analyse et dire que si la loyauté est à ce point mise en exergue dans les textes, c'est peut-être justement parce qu'il y a un problème à ce niveau-là.

« It would not be an exaggeration to say that most crucial battles in medieval Japan were decided by the defection -- that is, the disloyalty -- of one or more of the major vassals of the losing general. » dit G. Cameron Hurst : Il ne serait pas exagéré de dire que l'issue de la plupart des batailles cruciales du Japon médiéval fut déterminée par la défection — c'est à dire la déloyauté — d'un ou de plusieurs vassaux majeurs du général défait.

Par ailleurs ces valeurs morales sont formulées de façon tellement générales, qu'il est bien difficile d'y distinguer une spécificité japonaise. Ce d'autant plus que les ouvrages cités généralement comme des références sur le bushido — par exemple Shidô de Yamaga Soko — font explicitement référence au confucianisme, qui est une philosophie d'origine chinoise.

Pour identifier un code éthique vraiment original, il faudrait par exemple détailler ce qu'un savant confucéen - et samouraï - comme Ogyu Sorai rejetait lorsqu'il parlait des "infâmes coutumes des royaumes combattants". On pourrait mettre en regard les unes des autres la loyauté et la bravoure selon Ogyu Sorai d'une part, et la loyauté et la bravoure suivant les codes éthiques issus de la période des royaumes combattants d'autre part.

G. Cameron Hurst rappelle aussi que le suicide au départ n'a rien d'héroïque : il s'agit simplement d'un choix rationnel des militaires blessés sur le champ de bataille pour échapper à la torture qu'ils subiront s'ils sont capturés par l'ennemi.

Il rappelle également que les samouraïs de l'époque d'Edo étaient surtout des fonctionnaires écrasés par une étiquette rigide qui les empêchait d'exprimer leur créativité et leur bravoure. Chez ces fonctionnaires la loyauté vis à vis du daïmyo a souvent été remplacée par un "nationalisme de han (de clan)" : on agit pour le bien de l'Etat, et non plus directement pour le souverain.

Citation:
Enfin un bushi devait être avant tout un homme d'action

L'idée que la philosophie ne vaut pas grand chose si elle n'est pas accompagnée par l'action, on la trouve chez Wang Yang-Ming. Donc j'ai un doute sur la spécificité japonaise de ce principe.

Citation:

Cette conception morale s'intériorisa lorsque se répandit, vers le milieu de l'époque de Kamakura, le bouddhisme Zen (Zen-shû). À l'époque de Edo, l'influence du confucianisme lui conféra la rigidité d'un dogme dont Yamaga Sokô devint le théoricien. C'est à cette époque seulement que le mot bushido entra dans l'usage et remplaça les expressions comme mononofu no michi ou tsuwamono no michi qui en désignaient antérieurement le contenu.


L'expression « entra dans l'usage » n'est pas un bon choix, car elle est trop vague et elle peut laisser le lecteur imaginer qu'un grand nombre de Japonais de l'époque d'Edo ou de Meiji connaissaient ce mot. En réalité, Inazo Nitobé — qui certes connaissait mal la culture japonaise, et il le reconnaissait lui-même — croyait avoir fabriqué un néologisme en 1899 : il fut tout étonné lorsque quelques années plus tard quelqu'un lui apprit que le mot bushido avait déjà été utilisé par des écrivains de l'époque d'Edo. Voilà les précisions qu'apporte G. Cameron Hurst :

En fait, le terme bushido apparait dans les publications modernes en anglais — spécialement dans les magazines d'arts martiaux — plus souvent qu'il n'apparaissait dans les textes prémodernes japonais. Bien que non versé dans la littérature de l'époque Tokugawa, Nitobé imaginait que le terme était sa création. Il n'avait pas complètement tort. En fait c'est seulement à l'époque des Royaumes combattants que le terme apparait. Furukawa Tesshi le trouve dans plusieurs ouvrages du XVIe siècle, mais il considère le Koyo Gunkan (un recueil de textes terminé à la fin du XVIIe siècle) comme étant le premier texte à utiliser le mot bushido pour désigner un modèle comportemental. Ce n'est que durant la période d'Edo que le terme acquit un certain cours, bien que même alors il ne fut pas largement utilisé : des livres comme le Hagakure de Tsunetomo et le Budo shoshinshu de Daidoji Yuzan qui utilisent ce mot sont relativement rares. En effet, Furukawa a compté que sur les soixante volumes que compte le Bushido sosho (recueil des textes sur le Bushido), seuls dix emploient ce terme, et parmi ceux-ci, seulement quatre l'emploient avec une certaine fréquence. Les termes shiko, budo et bushi no michi étaient plus courants durant la période d'Édo.

(traduit de l'anglais)
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Fuse
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MessagePosté le: 24 Sep 2005 23:46    Sujet du message:

 Note du Post : 4.66   Nombre d'avis : 3
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Bonsoir, et désolé pour le temps, un peu lent, de réponse.


Je ne connais que peu, voire pas, de définitions qui réussissent à englober la totalité des sens d’un terme tout en ayant un niveau intéressant de détails, sauf à écrire un livre. Les deux proposées ici présentent des manques, bien qu’elles donnent déjà de nombreuses informations. Il est donc clair que la définition parle dans l’absolu et dans l’idéal. Nous sommes tout à fait d’accord pour dire que les faiblesses humaines ou simplement notre caractère nous font dévier de cet idéal. Les revirements dans les combats ou dans des batailles cruciales ne sont pas non plus l’apanage du Japon.

Citation:
Pour identifier un code éthique vraiment original, il faudrait par exemple détailler ce qu'un savant confucéen - et samouraï - comme Ogyu Sorai rejetait lorsqu'il parlait des "infâmes coutumes des royaumes combattants". On pourrait mettre en regard les unes des autres la loyauté et la bravoure selon Ogyu Sorai d'une part, et la loyauté et la bravoure suivant les codes éthiques issus de la période des royaumes combattants d'autre part.


Même si je trouve cette idée de comparaison très périlleuse, elle peut être très intéressante. Il est évidemment indispensable, pour chacun d’entre nous puisse suivre la discussion, avoir une bonne définition de ces groupes militaires sous les royaumes combattants et des références en langues européennes pour en savoir plus. Dans le cas contraire, je me devrais quitter la discussion, car incapable de partager des connaissances que je ne possède que peu ou pas. C’est d’ailleurs pour cela que j’attends avec patience et grand intérêt le post de Gilou sur le sujet.

Citation:
G. Cameron Hurst rappelle aussi que le suicide au départ n'a rien d'héroïque : il s'agit simplement d'un choix rationnel des militaires blessés sur le champ de bataille pour échapper à la torture qu'ils subiront s'ils sont capturés par l'ennemi.


Sans vouloir critiquer cet imminent historien, ce choix n’a rien de ‘rationnel’. Il s’agit surtout d’un choix qui semble tiré d’une certaine logique faite dans une société particulière. En Europe, elle serait ridicule ou chacun peut payer pour sa liberté, sauf cas particuliers. Sans parler de spécificité, il s’agit tout de même d’un caractère particulier. Pour ce qui est des samourai sous Edo, un peu comme tu le fais pour la définition du Bushidô, on pourrait lui reprocher que sa réflexion soit trop synthétique et ne reflète en rien les évolutions de ce groupe social sous cette longue période. Néanmoins, tout cela relève de la simple remarque.

Concernant ta dernière idée, je me dois de consulter quelques ouvrages avant de pouvoir, en avoir une idée plus précise.

Par contre, j’avoue une certaine interrogation sur le fait que tu ne t’intéresses qu’à la définition du bushidô et non à celle de la chevalerie. Elle présente pourtant aussi de nombreux défauts et simplification, comme toutes les définitions assez courtes. Si tu désirais en savoir plus et peut-être t’essayer à une étude comparative, un ouvrage d’initiation, certes un peu ancien aujourd’hui, me semble tout indiqué : « Qu’est-ce que la féodalité » de F. I. Ganshof apporte un bon minimum de connaissance à compléter peut-être par des études plus récentes.

Dans les deux cas, je reste interrogatif sur un point qui semble peu abordé. Il s’agit du rapport à la terre et à la possession. Il me semble pourtant assez important de comprendre comment la possession du sol et la localisation des guerriers sur leurs territoires ou inversement leurs éloignements jouent un rôle dans leurs manières de vivre et donc de concevoir son devoir. J’essayerais d’apporter, si le temps me le permet quelques idées sur ces points.


Enfin, comme « Charité bien ordonnée commence par soi-même » j’espère que tu vas offrir généreusement tous tes points accumulés dans tes posts ci-dessus aux diverses personnes et à leurs idées. Dans le cas contraire, tes critiques ironiques envers autrui sur ce point se retourneraient contre toi. Après tout, tu ne fais que citer des spécialistes et légèrement commenter ou résumer leur point de vue, comme nous tous


Sans rancune Wink



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