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Mishima : La Musique

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ElieDeLeuze
7eme Dan
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MessagePosté le: 10 Avr 2004 01:45    Sujet du message: Mishima : La Musique

 Note du Post : 4.66   Nombre d'avis : 3
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Je viens de finir La Musique, de Mishima. Un psychotherapeute dans le Tokyo de l'apres guerre recoit un jour la visite d'une femme qui n'entend pas la musique. Sous pretexte du theme de la frigidite chez la femme, Mishima dresse un portrait du Japon qu'il a connu, des milieux provinciaux coinces aux jeunes assoiffes de liberation de la capitale, en passant par les quartiers mal fames et miserables.

Mishima fait dire au narateur, le psychanaliste, que le recit est une etude de cas, comme s'il s'agissait d'un rapport scientifique. Or, on se rend compte rapidement que ce medecin va beaucoup plus loin que son simple role de psychotherapeute dans son rapport avec cette patiente particuliere. Il devient un personnage romanesque des les premiers chapitres. De meme, cette femme taxee d'hysterie (diagnostique fourre-tout a l'epoque) se montre etre une intrigante de premier ordre, faisant et defaisant la trame romanesque de la naration dans une sorte de joute psychologique avec le medecin. Personne n'est dupe, mon cher Yukio, on sait bien que tout est invente a ta guise.

La psychotherapie a ceci de particulier qu'elle sonde l'ame humaine dans une perspective profondement positiviste, a l'inverse de la tradition philosophique asiatique. Pousser l'individu a l'exteriorisation est choquant pour un bouddhisme aux contours confuceens a peine voiles. Mishima nous fait part de son interet vivace pour le monde des sciences humaines occidentales, melant les references litteraires francaise a la psychanalyse allemande. Pour un auteur accuse maintes fois de vouloir bouter le blanc hors de l'archipel, l'entreprise dement en soi toutes ces rumeurs. Ce recit est donc un brillant expose de cette rencontre entre la psychanalyse positiviste (Freud) et la philosophie existentialiste (Heidegger) d'un cote, et le Japon de l'autre. Contrairement a ce que Mishima pensait pour son cas personnel (il abandonna son analyse a peine commencee), le therapeute du roman a le beau role. Mishima nous prouve ainsi que ses mises en scenes vont au dela de la simple transposition autobiographique.

La frigidite est certe le mal dont souffre la patiente, mais elle connaitra l'orgasme bien avant la fin du livre. Le therapeute continuera son recit tant que le mystere de cette femme ne sera pas entierement leve. Mishima pousse l'etude psychologique jusqu'a l'extreme, allant au bout du delire de cette femme, et au bout de son desir. Ce que Mishima explore est plus la limite des desirs de cette patiente que le probleme clinique qui en resulte. Ainsi nous donne-t-il un petit apercu de sa propre logique. Loin de moi l'idee d'affirmer que Mishima se projette dans cette femme, mais la piste du desir mene jusqu'a la mort, l'inceste, la violence et le masochisme. Il ne manque plus que le sang, et on est dans Confessions d'un masque. Je ne devoilerai pas le fin fond de l'histoire, mais Mishima ne resiste pas a la tentation de culpabiliser le desir, notion toute puritaine occidentale s'il en est. Ayant lui-meme declare vivre son desir sexuel comme un fardeau honteux, on comprend mieux son interet pour une science humaine qui fait de la culpabilite sexuelle sa raison d'etre, alors que celle-ci est justement absente de l'ethique sexuelle nipponne.

Dans La Musique, la naration est une confession, peut-etre de l'auteur lui-meme (se plairont a imaginer certains), des personnages en tout cas. Les quelques details frappants dans ce recit sont avant tout l'attrait visible de Mishima pour une culture de l'analyse de l'inconscient a l'occidentale, sa lucidite extreme sur le theme des entrelacs du desir, et la place primordiale qu'il accorde toujours aux secrets de l'ame comme determinants de toute une vie. Certes, Mishima n'est ni cette patiente frigide, ni ce therapeute, mais comme c'est lui qui les fait parler, on le retrouve derriere chaque angoisse et chaque doute.

Lecture chaudement recommendee.
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remuka
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MessagePosté le: 19 Avr 2004 10:18    Sujet du message:

 Ce message n'a pas encore été noté.
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A la suite de la lecture de ton élogieuse critique, j'ai acheté l'ouvrage en question... J'essaierai de poster mes impressions quand je l'aurais lu Smile .

EDIT : Ma réponse manque effectivement de pertinence, vu que j'en suis encore à la page 8. Promis, j'essaierai d'en élaborer une plus structurée, avec plus de deux phrases, dès que je l'aurais terminé.
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Dernière édition par remuka le 20 Avr 2004 15:11; édité 3 fois
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Shiseido
1ere Dan
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MessagePosté le: 20 Avr 2004 14:07    Sujet du message:

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Vu la pertinence de la réponse de Remuka, je crois que je peux continuer dans la même ligne (je n'aurais pas osé répondre directement, je l'avoue) en apportant un petit avis qui se suffit de peu (futile en quelque sorte).

Guêtant de pied ferme chaque nouvelle parution de Mishima, je me suis procuré La musique dès sa sortie, savourant la fait que la traduction se soit effectuée directement du japonais au français, et de plus par Dominique Palmé, ce qui m'a empêché de me procurer en parallèle la version originale.

Déjà, le concept du livre est à mon avis extrêmement agréable. Le rapport de psychothérapeute comme moteur de la narration est une idée lumineuse. De plus, le thème de la femme frigide est, outre le fait qu'il n'est été que rarement effleuré, captivant, heureusement très subtilement et intelligemment exploité.

Le personnage de la femme, Reiko, est tout simplement fascinant. Personnalité complexe et mystérieuse, percer les affres de sa démarche psychologique m'a rendu fou d'elle (second degré). Deleuze (pas Gilles, hein) nous parle du bout du délire et du désir. C'est exactement cela. Aussi, la fin du livre rend hommage à l'humour de l'auteur, et parfois se glissent quelques souffles de Kamen no kokuhaku au sein de la narration, ce qui n'est pas sans me déplaire.

Pour le plaisir - que dis-je, régal - que Mishima donne au lecteur à chaque phrase de son roman, encore une fois, il m'envoie au zénith...
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« La manière dont l’écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise ; son style sans pareil est capable, avec une promptitude infaillible, d’aller droit au cœur d’un sujet pour en exprimer la substance – qu’il s’agisse de l’innocence d’une très jeune fille ou de l’effrayante misanthropie du grand âge. » (Mishima à propos de Kawabata)
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benkun
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MessagePosté le: 04 Mai 2004 23:46    Sujet du message:

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Ces derniers jours, l'ai relu "La Musique" de Mishima, en bonne partie grace au petit article de ElieDeLeuze...
J'ai lu beaucoup de romans, de nouvelles et de pieces de theatre de Mishima, mais La Musique m'a pose un certain nombre de problemes.

D'abord, lors de ma premiere lecture, j'avais fait confiance aux biographes et autres critiques qui la jugeaient comme une oeuvre mineure. Je l'avais donc lu rapidement, d'un oeil amuse, absorbe que j'etais par la Tetralogie et les etudes sur Mishima... Il est vrai qu'il est difficile d'y retrouver la "petite musique" de Mishima (ce roman se presente comme le rapport froid et scientifique d'un cas clinique...). Mais elle est bien la, on la ressent au fil des pages, mais si tenue qu'elle peut passer inapercue...

Mais bon, les critiques ont toujours tort... Il semblerait de plus qu'ils aient decrete La Musique "oeuvre mineure" a cause du simple fait que ce roman paraissait en feuilleuton dans un magazine feminin. De plus nombre de critiques ou de personnes ayant travaille sur Mishima ont decrete que l'ecrivain se riait de la psychanalyse. D'autres ont disseque son oeuvre sous l'angle de la psychanalyse... Qu'en est-il de tout cela?
Je m'interroge encore...

Bref, Mishima et la psychanalyse tout comme "La Musique" dans l'oeuvre de cet ecrivain, tout cela me laisse perplexe, meme si je pense que notre homme etait plus impressionne par Nietszche ou Bataille que par Freud...[/i]
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ElieDeLeuze
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MessagePosté le: 05 Mai 2004 00:11    Sujet du message: Mishima : La Musique

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Les critiques ont été d'une incroyable mauvaise foi à l'égard de Mishima. Ils l'ont d'abord hétérosexualisé jusqu'à contredire les propres dires de Mishima, et puis ils ont pris un soin mesquin à interpréter ses choix personnels en idées politiques, le rendant plus fasciste qu'il n'était. Les critiques supportent rarement que Mishima sorte du rôle dans lequel ils l'ont enfermé, et un roman moderne, où le Mishima permetterait au Japon et à l'occident de se rencontrer sans étincelle de pacotille, ne convient pas à leurs esprits étriqués, ce qu'ils ne pardonnent pas à l'auteur.

Que Mishima se moque éperdument de la psychanalyse, il l'a dit lui même, fuyant son psy après le premier entretien. Qu'il soit convaincu que le vrai se trouve ailleurs, il le dit aussi (lire en particulier Le soleil et l'acier) alors il n'y a rien de diffammant à lui attribuer une raillerie qu'il revendique. Mais c'est passer à côté de l'essentiel : la Musique n'est pas l'histoire d'une psychothérapie. Le médecin fait plusieurs erreurs professionnelles flagrantes, la perspective narative s'éloigne du récit scientifique dès les premiers chapitres, tous les personnages investissent les récits des autres personnages, le vécu est partagé et non analysé, la froideur thérapeutique s'évanouit dès que le médecin avoue au lecteur par ses actions qu'il est fasciné par la femme elle-même et non par le récit de la femme, il ne traite pas le mal mais participe à la mise en scène de son propre rapport à une femme qui n'est déjà plus une simple patiente... Si vous avez un tel psychothérapeute, changez-en tout de suite !

Comment un roman qui construit la trame narative par la seule force des la psychologie des personnages à l'exclusion de tout artifice romanesque rocambolesque pourrait être mineur ? Comment un récit qui enlace tous les personnages en alternant les subjectivités naratives sans jamais évincer l'objectivité du narateur omniscient pourrait être mineur ? Comment une histoire qui mélange les péripéties aux fantasmes spéculatifs des personnages sans jamais faire passer l'un pour l'autre pourrait être une oeuvre mineure ?

Faites comme Benkun, chers critiques, relisez le livre...
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kurisu
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MessagePosté le: 10 Juin 2004 10:39    Sujet du message: la musiqueeee, oui la musiqueeee (pardon)

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j'ai moi aussi fini de lire récemment cet ouovrage de mishima et en jetant un oeil aux posts j'ai été quelque peu surpris. (en fait surtout par le premier message de deleuze a qui je m'adresse)
vous parlez d'un lien avec confession d'un masque...c'est bien celui de la poursuite du désir qui prend mille et un chemin tortueux ?

sinon deleuze, tu dis que la piste du désir mene jusqu'a la mort
je ne vois pas de piste menant a la mort. la seule mort a laquelle on assiste dans le livre etant celle du cousin qui n'avait d'autre desir que de prendre apparement une bonne cuite et , eventuellement, epouser l'heroine.

si tu pouvais m'eclairer sur ces quelques points...
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polutropos
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MessagePosté le: 14 Juin 2004 10:31    Sujet du message: contrepoint: la musique

 Note du Post : 4   Nombre d'avis : 1
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Bonjours à tous. Une petite intervention puisque l'on parle d'un des seuls livres de Mishima qu'il m'ait été donnés de lire. Je dois avouer que je suis loin de partager l'enthousiasme du Sieur Deleuze (entrain néanmoins étayé avec force arguments, bien que je ne sache pas non plus ce qu'est la psychanalyse positiviste, tout en connaissant vaguement les deux termes pris séparément).

La forme d'abord. Mon niveau de japonais est loin de pouvoir me permettre de juger de la qualité d'une traduction . Cependant je trouve le texte français très lourd et particulièrement indigeste. Le thérapeute mâtine ses réflexions personnelles d'un cours bien approximatif sur la science dont il serait dépositaire . Cela me rappelle la psychanalyse des films de Hitchcock (veine Pas de Printemps pour Marnie, je ne parle que du discours sur cette science, non des images qu'il en dérive). C'est vraiment un peu léger.

Il (l'auteur ou le narrateur, c'est selon) n'hésite pas à jargonner (non sans une certaine pincée d'auto-dérision il est vrai ) et à pérorer dans une langue pétrie de formules toutes faites ( le traducteur ne lui rend pas le meilleur hommage: la plaisanterie est forcémént "de mauvais goût", p.75; la somme évidemment "rondelette", p.15; le coup de grâce est "asséné", p.203, p.192 "établissement qui défrayait la chronique" usw.) . Le traducteur varie "à loisir" les registres de langue : "chercher querelle", "elle ne me fait plus bicher" , "cousu de fil blanc" et s'il nous fait bien ressentir à chaque page la rude besogne qui fut la sienne, du moins partage-t-il son expérience de travail à l'instar du personnage du roman.

Allez, pour la route, lisons p. 203: "Convaincu par la frigidité de sa partenaire, il s'auto-suffisait dans une sorte de paix et de sérénité quand, voyant soudain Reiko renaître en tant que femme, il avait dû en essuyer un affront bien plus cruel que ceux qu'il avait coutume d'éprouver du fait de son impuissance". C'est le pompon non? Auriez-vous lu phrase plus boiteuse?

Quant au fond. Dès l'ouverture, c'est assez mal engagé: p.16, in fine: "Confronté en tant que psychanalyste à des cas très divers , je crois avoir acquis assez d'expérience pour ne plus m'étonner de rien. Mais en s'approfondissant, mes connaissances à ce sujet ne font que renforcer en moi cette conviction : la sexualité de l'homme est un domaine sans limites, difficile à maîtriser. Et dans ce monde-là, la notion de "bonheur unique, valable pour tous", n'existe pas"...

Vous comprendrez peut-être mes réserves 1) quant à la qualité de la traduction, 2) quant la profondeur supposée du propos. De la finesse psychologique, il ne m'en reste guère que le souvenir des motivations désordonnées des personnages dont le spectacle s'offrait à un lecteur un peu sceptique (je force un peu le trait car il est vrai que le personnage féminin est amusant, mais ce n'est pas du Jane Austen, pour ce qui est de la profondeur, mais plutôt celle que l'on prête aux eaux troubles).

Je le répète, je ne connais guère Mishima, ni la littérature japonaise contemporaine (si l'on peut dire).
Mais, de ce que j'ai pu en lire (de sa plume, s'entend) ça et là, j'ai tendance à préferer ses essais. Mon intuition est la suivante : il est des auteurs qui non content du génie de leur plume prennent un soin particulier à faire entendre au lecteur qu'ils sont plus malins que les personnages (pourtant déjà très intelligents) qu'ils mettent en scène. L'exemple topique est , à mes yeux, H.James. J'ai l'impression que Mishima pourrait se qualifier sans cette catégorie, est-ce là une impression dénuée de fondement?

Je dirais même, pour finir, que ce qu'Elie écrit du roman m'a davantage interessé que le roman lui-même.
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