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ElieDeLeuze 7eme Dan


Inscrit le: 04 Nov 2003 Messages: 4369 Points: 24596 Pays, Ville: Bâle - Basel
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Posté le: 20 Sep 2007 21:07 Sujet du message: Bokujin (calligraphie)
Note du Post : 4.8 Nombre d'avis : 5 |
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Le mouvement des bokujin 墨人 fut fondé au Japon en 1952 par un collectif dont le nom le plus célèbre et à ma connaissance son instigateur était Morita Shiryû 森田子龍. Généralement traduit par "les hommes de l'encre noire", ce groupe ce veut volontairement ouvert aux artistes internationaux, dans un esprit humaniste, basé sur la fraternité et la correspondance entre artistes. Leur manifeste, très abstrait, ne déclare guère d'autre intention que de faire un travail sur soi en tant qu'humain autant qu'artiste, pour toucher au vide intérieur et à la spontanéité absolue et inconsciente pour un acte pur.
Claude Durix (1) reproduit des extraits d'une entrevue avec le Maître bokujin. Celui-ci explique que les bokujin cherchent à garder l'esprit des anciens dans une forme moderne. Il développe en insistant sur la recherche intérieure du geste pur. Le but du calligraphe est le kimochi 気持ち (disponibilité de l'esprit) qui permettra d'exprimer le zentai 全体 (moi total) de façon non-consciente, muishiki 無意識. Cette accumulation de termes d'inspiration zen rappelle l'enracinement de ce mouvement dans la longue tradition calligraphique chinoise autant que japonaise. Il ne s'agit pas de tracer des caractères pour être lus, mais pour faire passer l'expression du vrai moi par le trait noir. Il y a maintenant tout un mouvement bokujin (2)(3), ici en illustration.
Les codes graphiques sont très proches de la calligraphie classique, mais dans l'extrème. Les traits légers évoquent l'amour, une pression forte sur le papier évoque la force et la sévérité, et un pression forte et faible sur un même point exprime la profondeur des sentiments. Ceci n'est pas une grille de lecture, mais seulement des codes profondément ancrés dans la pratique de la calligraphie. Contrairement aux idées reçues, l'ordre des traits et leur réalisation sont respectées même si la couverture encrée est très étendue. On reconnait, on suit, on retrace mentalement chacun des traits des caractères. Les kanji resten intacts, intègres. jusque dans les extrèmes.
(1) Durix Claude, Ecrire l'éternité, éd. les belles lettres, 2005 (2e tirage)
(2) http://www.kyoto-seika.ac.jp/fleur/schedule/2001/bokujin/index.html
(3) http://office-soho.com/bokujinkai/indextop.html
EDIT: Au fait, les deux calligraphies, c'est 渕 en bas et 大象無形 en haut (de droite à gauche)  _________________ www.rtr.ch - Tgi che sa rumantsch sa dapli |
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remuka 7eme Dan


Inscrit le: 22 Sep 2003 Messages: 4925 Points: 27052 Pays, Ville: Tokyo, Setagaya-ku
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Posté le: 21 Sep 2007 03:41 Sujet du message:
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Je trouve ca magnifique !
Tiens faudrait que je me cherche un prof de calligraphie un de ces jours moi ... _________________ Sucre. | Candyland.jp |
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ElieDeLeuze 7eme Dan


Inscrit le: 04 Nov 2003 Messages: 4369 Points: 24596 Pays, Ville: Bâle - Basel
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Posté le: 21 Sep 2007 22:45 Sujet du message:
Note du Post : 4 Nombre d'avis : 2 |
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Je dois dire que les bokujin me fascinent. Cette école du noir semble réaliser l'impossible en respectant les conventions calligraphiques traditionnelles tout en les amenant à un excès à couper le souffle.
Le couleur noire, par exemple, est en soit un motif d'admiration en calligraphie, car c'est la couleur de toutes les couleurs. Aucun contrast n'est aussi fort qu'entre le noir et le blanc, et aucune couleur n'absorbe ni ne renvoie la lumière comme le noir. Les nuances sont infinies et les contraires s'y harmonisent. Toute autre couleur serait fade, comme une limitation, comparé au noir.
La version digitale donne l'impression que les surfaces encrées noires sont uniformes. Ce n'est pas le cas du tout quand on voit un original. Le mouvement du pinceau est instrit dans le papier, les nuances de bleu et de marron donnent une troisième dimension qui est seule possible dans la peinture polychrome grace à l'ajout de la perspective. Les gouttes aspergées témoignent en direct de la puissance et de la spontanéité du trait. Et l'intérêt de garder de vrais kanji est primordial : les caractères sont des formes finies, complètes, voire abouties. Ne pas pousser l'abstraction jusqu'à la simple idée du représenté, comme en occident, permet dans la calligraphie bokujin de conserver la finitude parfaite et accomplie de la forme abstraite qu'est déjà d'écriture, qui se fait idée par la suggestion du tracé, et non présentée comme abstraction de langage concrétisé par la forme. Un calligraphe n'invente pas une idée de la forme, mais donne une interprétation qui n'appartient qu'à lui d'une abstraction qui existe déjà dans la culture collective.
Vous aurez compris que je vous encourage vivement à aller voir toutes les expositions de calligraphie qui passent près de chez vous, non pas pour que vous aimiez absolument, vous êtes libres de vos goûts, mais pour au moins ne pas rater la moitié de cet art en ne regardant que des reproductions numériques. Cette nécessité est extrème pour la calligraphie bokujin. _________________ www.rtr.ch - Tgi che sa rumantsch sa dapli |
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remuka 7eme Dan


Inscrit le: 22 Sep 2003 Messages: 4925 Points: 27052 Pays, Ville: Tokyo, Setagaya-ku
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Posté le: 22 Sep 2007 14:26 Sujet du message:
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D'un strict point de vue chromatique, je me permet de noter juste que le noir (comme le blanc d'ailleurs) ne sont en fait pas des couleurs. Des anti-couleurs, qui n'existent tout simplement pas dans la réalité.
De la même façon que tu remarques qu'une infinité de nuances sont présentes dans les noirs des bokujin, la neige n'est jamais blanche, mais de toute les couleurs qui l'environnent et s'y refletent.
Dans la peinture occidentale classique, on n'utilisera jamais de noir/blanc purs, qui donneront un côté graphique à l'ensemble et l'éloigneront d'une représentation fidèle de la réalité. Dans la calligraphie, au contraire, l'aspect "graphique" me semble primordial. _________________ Sucre. | Candyland.jp |
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